Il y a 700 disparaissait l'Ordre du Temple

Le 13 oct 2007 à 18h31
Il y a 700 disparaissait l'Ordre du Temple

Durant la journée du 13 octobre 1307, Guillaume de Nogaret, sur ordre du roi Philippe IV le Bel, procédait à l'arrestation de l'ensemble des Templiers présent sur le territoire de France, sonnant le glas d'un ordre religieux prestigieux et ouvrant la voie à la plus merveilleuse des légendes médiévales.

Fondé en Terre Sainte en 1119, lors de la première croisade, par le chevalier Hugues de Payns, la Milice du Christ (militia Christi), nom originel de l'ordre, était destinée à protéger les pèlerins se rendant à Jérusalem. A la suite du concile de Naplouse, en janvier 1120, l'ordre pris le nom de Milice des Pauvres Chevalier du Christ et du Temple de Salomon (pauperes commilitones Christi Templique Solomonici).

Reconnu de grande utilité dans une contrée ou l'insécurité régnait, la milice reçu l'appui du roi de Jérusalem Baudoin II ainsi que du patriarche Gormond de Picquigny et fut autorisée à s'installer dans une partie du temple de Salomon. Malheureusement, faute d'appui financier durable, le nouvel ordre peinait à accomplir correctement sa tache, aussi, durant l'année 1127, Hugues de Payns parti pour l'occident afin de faire reconnaitre la milice par l'Eglise, trouver de généreux donateurs et bien sur recruter de nouveaux chevaliers. Le 13 janvier 1129, lors du concile de Troyes, soit 9 ans après la fondation de la milice, l'Ordre du Temple fut officiellement créé et se dota d'une règle propre, empruntant grandement celle des bénédictins de Saint Benoît. Soutenu par Bernard de Clairveaux, l'ordre devint populaire et se renforça significativement.

Les années qui suivirent virent l'Ordre du Temple devenir de plus en plus puissant. Placé sous l'unique autorité papale par la bulle Omne datum optimum du 29 mars 1139, l'ordre gagna peu à peu son indépendance vis à vis du clergé séculier. La bulle Militia Dei du 7 avril 1145 confirma la précédente, et l'étendit à leur biens matériels et humains. Deux ans plus tard, les templiers reçurent l'autorisation du pape de porter la croix pattée rouge, symbole du Christ et de son sang versé.

Connus par leur fait d'armes, les templiers n'étaient pas uniquement de vaillants combattants de la chrétienté. Enrichis durant des décennies par de fervents croyants ou quelques seigneurs répugnant à combattre en Terre Sainte, l'ordre devint une véritable institution financière, prêtant aux états, payant des rançons royales, se portant garant des biens des pèlerins riches ou pauvres, créant même les premières lettres de changes en Europe. Une telle puissance économique et militaire devenait petit à petit une crainte pour bon nombre de souverain, mais un seul eu l'audace de se lever contre l'Ordre, le roi de France Philippe IV le Bel.

Surnommé le "Roi de fer", Philippe IV fut certainement le premier "Roi absolu" du royaume de France. Sévère et impitoyable, sa mission première fut de renflouer les caisses de l'état, et ce, par tous les moyens possibles, aussi, expulsa t-il les usuriers lombards et les banquier juifs après leurs avoir confisqué l'intégralité de leurs biens. Malheureusement, cela ne suffisait pas à couvrir ses dépenses sans cesse grandissantes. L'opportunité de recouvrer une économie stable vint en 1305 après le décès du pape Boniface VIII, son plus fervent ennemi. Sa responsabilité, même invérifiable, dans cette mort le rend alors craint de ses paires et il n'a dés lors aucun mal à prendre la nouveau pape Clément V sous sa coupe, lui proposant d'ailleurs de l'installer en France. Lorsque ce dernier évoqua la possibilité d'appeler à une nouvelle croisade vers la Terre Sainte, Philippe IV le Bel sauta sur l'occasion pour proposer une fois encore la fusion de l'Ordre du Temple et de celui des Hospitaliers, afin de constituer une armée suffisement puissante, ce que Jacques Molay, maitre de l'Ordre du Temple, refusa, arguant que les deux ordres étaient trop différents et ne souhaitant pas passer indirectement sous la domination du roi de France, dont Clément V était le pantin. Durant l'année 1307, lors de laquelle Jacques de Molay vint en France pour rencontre le Pape, des rumeurs perverses commencèrent à circuler sur les habitudes des templiers, si bien que les conseillers de Philippe IV le Bel en tirèrent discrètement profit.

Le 24 juin 1307, Jacques de Molay rencontra le roi de France au sujet de ces accusations honteuses et reçu un semblant de soutient du monarque. Plus tard il demanda au pape d'ouvrir une enquête pour laver l'Ordre de tout soupçon. Il n'en fallu pas plus à Philippe IV pour réagir. Le roi envoya dés le 14 septembre 1307 des ordres dans tout le royaume pour procéder à l'arrestation de tous les templier le jour du 13 octobre, ce qui fut fait avec la plus grande fermeté. Au soir, plusieurs centaines de moines-soldats, dont 138 rien qu'à Paris, dormiraient en prisons.

Les années qui suivirent furent mélangées d'interrogatoires, de tortures, de bucher. Le 13 avril 1312, le pape Clement V supprima définitivement l'Ordre du Temple par la bulle Vox in excelso et le 2 mai, il ordonna le leg des biens de l'Ordre du Temple aux Hospitaliers, hormis leurs possessions en Espagne et au Portugal. Le royaume de France reçu, lui, plusieurs dizaines de milliers de livres en compensation. Le 18 mars 1314, Jacques de Molay, maitre du Temple, fut brulé vif sur l'Ile aux Juifs.

"Dieu sait qui a tort et a péché, et le malheur s'abattra bientôt sur ceux qui nous condamnent à tort. Dieu vengera notre mort. Seigneur sachez que, en vérité, tous ceux qui nous sont contraires par nous auront à souffrir", Jacques de Molay, le 18 mars 1307. Jamais le dernier maitre du Temple ne maudit ses bourreaux sur treize générations.

En savoir plus : Règle et statuts de l'ordre du temple

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