
Quel ne fut pas la surprise du conservateur du musée gallo-romain de Tongres lorsque son équipe découvrit, caché parmi des vestiges romains, un codex non inventorié. Tout de suite mis entre les mains des analystes, l'objet a délivré quelques secrets pour le moins intéressant.
Le livre, de petit format, 14 par 13cm serait composé d'une centaine de pages dont les écritures ont malheureusement disparu avec le temps. Mais la science est là pour révéler les mystères et les chimistes ont pu déceler grâce aux rayons X des traces de cuivres, de fer et de zinc qui pourraient entrer dans la composition des encres utilisées laissant croire que le codex n'était pas vierge. Dés l'apparition de l'encre, des pigments minéralogiques ont été utilisés pour offrir des couleurs différentes aux scribes ; cinabre pour le rouge vermillon, sulfure d'arsenic (orpiment) pour du jaune or, antimoine pour le vert-gris, lapis lazuli ou azurite pour le bleu. Si ces composants minéralogiques n'entrent pas tous dans la compositions des encres, ceux y participant laissent automatiquement des traces même après la disparition du liant et bien sur, nombres sont mélangés pour obtenir des nuances de couleurs. L'analyse du manuscrit latin 2290 conservé à la bibliothèque nationale (cf : http://aedilis.irht.cnrs.fr/materiaux/8.htm) indique par exemple que le rouge vif, utilisé pour les enluminures, présentait des traces de soufre, de mercure et de plomb. Le vert contenait des résidus de cuivre, de zinc, de plomb et d'arsenic et l'encre brune révélait la présence de potassium, de fer et également de soufre. Le passage aux rayons ultra violet permettra sans doute de faire réapparaitre des morceaux de textes.
Retrouvé dans une boite en bois de l'époque romaine, il s'avère que le codex daterait des années 880 à 990 après JC, en faisant alors plus un ouvrage médiéval qu'antique. Mais le plus significatif est qu'il est constitué de feuilles de papyrus, un matériau plutôt rare au Xe siècle. En effet, les quelques exemplaires tardifs connus remontent au maximum au VIIIe siècle, soit 200 ans plus tôt.
Le papyrus fut utilisé dès le Ve millénaire avant notre ère par les égyptiens pour coucher par écrit les récits de leurs dieux et de leurs pharaons. Apporté petit à petit en Europe grâce à la civilisation grec, puis romaine, le papyrus fut peu à peu remplacé par le parchemin, découvert vers le IIe siècle avant JC, plus résistant et empêchant à l'encre de se diffuser dans les fibres végétales de la Cyperus papyrus. Si l'on retrouve toujours des ouvrages en papyrus après le IIe siècle de notre ère, ils ont pris pour forme le codex, au profit du volumen, rouleau de feuilles mises bout à bout. La découverte d'un codex en papyrus datant du Xe siècle tant donc à prouver que les techniques anciennes étaient toujours employés, plusieurs siècles après la mise au point de techniques plus fiables. Il ne reste plus aux chercheurs qu'à découvrir ce qui faisait la trame de l'oeuvre pour en déduire si cet exemplaire est unique ou si l'on pourra espérer en découvrir d'autres.
En savoir plus : Lire le manuscrit médiéval