
Selon la légende, courant 366 de notre ère, le moine bouddhiste Lo-Tzun, après avoir eu la vision de mille bouddhas, se serait mis en quête de trouver des partenaires spirituels afin d’édifier les premiers temples dans un réseau de grottes, atteignant le nombre impressionnant de plusieurs centaines en quelques années. A partir du IVe siècle, et durant mille ans, les moines et les pèlerins se succédèrent dans ces lieux saints, tapissant, sur 45000m2, les murs de multiples peintures, sculptant près de 2400 statues et rassemblant des milliers de manuscrits avant d’abandonner définitivement le site. Utilisées comme refuges par certains, pillées et vandalisées par d’autres, les grottes ne furent réellement étudiées qu’à partir du début du XXe siècle lorsque Wang Yuanlu se fit gardien de ces temples. Redécouvrant nombres d’écrits, le site attira de nombreux explorateurs et archéologues européens qui extrairent les précieux documents pour les emmener avec eux. De généreux donateurs permirent tout de même la restauration des murs afin de sauvegarder les peintures millénaires retraçant la vie des moines et les rites religieux de l’époque.
Aujourd’hui, la Chine n’en fini pas de mettre en péril son patrimoine archéologique. Après la disparition de milliers de sites lors de la mise en eau du barrage des Trois-Gorges, le plus grand du monde, c’est au tour de ces grottes de Mogao, connues sous le nom de grottes aux Mille Bouddhas, d’être en périls. La déforestation incontrôlée des plaines de la province du Gansu permet aujourd’hui au désert de Kumtag de gagner 4m par an sur la végétation, se rapprochant doucement, mais inexorablement de ce patrimoine unique.
Régulièrement ensablées à cause des vents, c’est aujourd’hui d’immenses dunes qui risquent de submerger les grottes. Une équipe de chercheurs vient de terminer une étude sur l’avancé du désert de Kumtag, et les résultats alarmants ont permis dans un premier temps de dégager des fonds pour lancer une campagne de reforestation, alors que des portes étaient installées aux entrées des grottes les plus vulnérables.