
S'il est impossible de renier la rare violence avec laquelle les conquistadors espagnols ce sont rendus maitre des terres nouvellement découvertes et de leurs populations, force est de constater qu'il va falloir revoir les manuels scolaires en ce qui concerne leur rôle dans la disparition des amérindiens. Jusqu'à présent, on estimait que la population du Mexique était passée d'environ 15 millions d'individus en 1500 à seulement 2 millions en 1600 de par les seuls fait des ravages causés par les envahisseurs, guerres, pillages, maladies... Il n'en est aujourd'hui plus du tout question.
Des scientifiques mexicains ont en effet étudié et traduit de nombreux documents, notamment les observations médicales du Dr Francisco Hernandez, un médecin de Philippe II, roi d'Espagne, dans lesquels, il affirme que l'épidémie de fièvre de 1576 "...tuait 80% des malades en 1 à 2 jours", écrivant "Du sang s'écoulait des oreilles et, dans de nombreux cas, du sang jaillissait littéralement du nez". De son coté, le franciscain Fray Juan de Torquemada rapportait dans ses récits "Parmi ceux atteints d'une maladie chronique, pratiquement aucun ne survivait" et que "Beaucoup étaient morts et d'autres presque morts et personne d'autre n'avait la santé ou la force d'aider les malades, ou d'enterrer les morts", affirmant par ailleurs que presque la totalité du pays avait été détruite par la maladie. Ces affirmations démontrent à elles seules que les épidémies de 1576, et probablement celles de 1545, furent sans pareil, reléguant à un détail les mortalités du début du XVIe siècle dues à l'arrivée de maladies nouvelles comme la variole, la grippe ou la typhoïde.
L'épidémiologiste Rodolfo Acuna-Soto, professeur de microbiologie de l'université nationale autonome de Mexico, confirme que la maladie décrite n'est pas la variole ou une autre maladie importée, mais s'apparenterait plutôt à une forme de peste bubonique, ce qui ne décrédite pourtant toujours pas la thèse de la maladie venue d'Europe... Il faut pour cela retenir les dires de Carlos Viesca, directeur du centre d'histoire médicale de l'université de Mexico, qui rapporte que les premiers foyers ne se seraient pas déclarés dans les ports, mais dans l'intérieur du pays. Il prétend en effet que la maladie aurait fait son apparition sur les hauts plateaux du centre du Mexique. Dés lors, qui aurait pu propager cette peste endémique à tout le pays ?
Les rats semblent être le facteur commun à ce genre de catastrophe et deux hypothèses ressortent plus particulièrement. La première, étudiée par l'épidémiologiste Rodolfo Acuna-Soto, serait qu'une sècheresse inhabituelle aurait poussé les rongeurs à quitter les plateaux pour descendre, en grand nombre, dans les vallées, transmettant alors la maladie par leurs déjections. La seconde, soutenue par Carlos Viesca, que les premiers chercheurs d'or européens auraient fait fuir ces rats lors de leur installation sur les plateaux. Quoiqu'il en soit, si le départ de l'extinction des peuples amérindiens du Mexique prend son origine dans la conquête espagnol, il est intéressant de constater que même si les premières années, un nombre important d'indigène a pu succomber, faute de système immunitaire adapté, à des maladies introduites, la principale cause de mortalité est à coup sur l'oeuvre d'une fièvre hémorragique restée en sommeil au sein des communautés de rats.
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