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Histoire du chateau de Coucy

Antoine-Louis Saint-Just - 1789

Le château de Coucy est bâti à l'extrémité de la ville, au couchant. Ses murailles se joignent en dehors à celles de la ville, mais en dedans pour aller de la ville au château, il y avait autrefois une grosse muraille fort élevée, de pierre dure, dont il reste encore plusieurs vestiges, qui en faisait la séparation. Au milieu de cette muraille était la première porte d'entrée qui conduisait dans une cour spacieuse, au fond de laquelle on trouve à main droite le château.

C'est un carré irrégulier, fortifié à chacun de ses angles d'une très belle tour. L'entrée en est entièrement ruinée.

C'était un pont sur cinq piliers, qui soutenaient un pareil nombre de portes par lesquelles il fallait passer avant que d'arriver au château. Entre les deux tours d'entrée à main gauche est bâtie cette fameuse tour qui n'a point d'égale, ni pour sa hauteur, qui est de cent soixante-douze pieds, ni pour la circonférence qui en a trois cent cinq. Cette tour est sans communication avec le château et on n'y entrait que par un pont-levis. Pour la garantir contre toute attaque on avait élevé tout autour une forte muraille de dix-huit pieds d'épaisseur et de pierre dure; c'est ce qu'on appelait la chemise de la Tour . Mais le cardinal Mazarin, après le siège de l'an 1652, la fit sauter.

Tous les ingénieurs conviennent qu'avant l'usage de la poudre, cette tour était absolument imprenable.

Rien de remarquable dans les appartements de ce château, qu'une grande salle à quatre cheminées, que les premiers ducs d'Orléans avaient ornée de différents morceaux d'architecture. Il reste quelques souterrains aussi beaux que s'ils venaient d'être construits. L'on prétend qu'il y en avait autrefois qui s'étendaient à plus d'une demi-lieue dans la campagne, mais l'entrée en est perdue.

Le bailliage est de toute antiquité, il n'est pas possible d'en dire au juste l'érection.

La terre de Coucy nous est connue dès le règne même de Clovis Ier, après le baptême de ce prince, c'est-à-dire dès le commencement du VIe siècle au plus tard. Les habitants de ce lieu, c'est-à-dire le village car la ville ou le château ne subsistaient pas encore, chargés de taxes et de subsides, eurent recours à saint Remy, archevêque de Reims, et prièrent ce prélat de demander au roi, pour lui et pour son église, le transport de tous les droits qu'ils étaient obligés de payer au domaine. Ils espéraient par ce moyen voir diminuer leurs contributions; et comme l'évêque obtint cette grâce du roi avec le consentement des principaux seigneurs de la nation, il y a lieu de croire qu'ils ne furent point trompés dans leur attente. Ce fut aussi, selon toutes les apparences, pour cette raison que saint Remy, qui ne garda presque rien de toutes les terres que Clovis lui avait données, et qui en faisait des libéralités à d'autres églises, retint cependant pour lui celle de Coucy. C'est presque tout ce que l'antiquité nous apprend de ce lieu. On sait de plus que Coucy faisait alors partie de la terre de Mège, terre dont il ne reste aujourd'hui aucune connaissance; que saint Remy eut la possession de l'une et de l'autre jusqu'à sa mort; et que par son testament il les légua à son église.

Au commencement du Xe siècle, Hervé, archevêque de Reims, fit bâtir une forteresse à Coucy. Les factions qui divisaient le royaume au-dedans et les courses des barbares qui le désolaient au-dehors, rendaient alors cette précaution nécessaire. Dans ces temps de trouble et d'agitation, les seigneurs particuliers se fortifiaient presque tous dans leurs terres, soit pour se rendre plus redoutables à leurs voisins, soit aussi pour se mettre à l'abri de leurs insultes. Cette forteresse fut construite sur une montagne voisine au midi du village, et elle paraît avoir donné naissance à la ville.

Après la mort de Séulfe, successeur d'Hervé, qui arriva en 925, Herbert II, comte de Vermandois, obtint du roi Raoul et du pape Jean X l'archevêché de Reims pour un de ses fils, nommé Hugues, âgé de près de cinq ans; et comme le bas âge de ce jeune prince ne lui permettait pas de prendre soin par lui-même du spirituel et du temporel de son église, le comte, son père, eut l'administration de tous ses revenus et le château de Coucy tomba ainsi entre ses mains.


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