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Histoire du chateau de Coucy - page 18
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Histoire du chateau de Coucy

Antoine-Louis Saint-Just - 1789

Page 18

Depuis ce temps, la terre de Coucy n'a plus été démembrée de la couronne; elle a seulement fait quelquefois partie des apanages de nos princes. C'est sous ce titre qu'elle a appartenu autrefois à Claude de France, fille de Louis XII, ensuite à François de Valois, fils de Charles, bâtard de Charles IX et de Marie Touchet, enfin à Philippe de France, duc d'Orléans, frère unique de Louis XIV, dont le petit-fils Louis d'Orléans, premier prince du sang, en était, dans ce temps, en possession.

On n'a point parlé de quelques naissances illustres dont la ville de Coucy a été honorée: une fille de Louis Ier, duc d'Orléans, tenue sur les fonts du baptême par le duc de Gueldres, y naquit en 1401; et César, duc de Vendôme, bâtard d'Henri IV et de Gabrielle d'Estrées, en 1594. Le duc d'Orléans avait fait ériger pour lui et ses descendants mâles à perpétuité, dès l'an 1405, la terre de Coucy en pairie par le roi Charles VI, son frère. Mais après qu'il eut été assassiné par le duc de Bourgogne, Charles duc d'Orléans, son fils, contre qui le roi s'était uni avec le meurtrier, ne la garda pas longtemps. Valeran de Luxembourg, comte de Saint-Paul, vint l'assiéger au nom du roi en 1411, et Enguerrand de Fontaines, qui commandait dans la ville pour le duc d'Orléans, se rendit sur-le-champ sans coup férir. Le comte de Saint-Paul n'eut pas à beaucoup près si bon marché de Robert d'Esne, gouverneur du château. Celui-ci, sommé de se rendre, répondit qu'il avait juré fidélité au duc d'Orléans, son maître, et que, sans un ordre exprès de sa part, il se défendrait jusqu'à l'extrémité. La place était abondamment pourvue de munitions et de vivres. Plusieurs gentilshommes de coeur s'y étaient jetés, dans la résolution d'y périr au service de leur prince. Le gouverneur espérait de pouvoir tenir assez longtemps pour voir le duc d'Orléans reprendre le dessus dans l'esprit du roi!

Le comte de Saint-Paul l'attaqua dans les formes, et fit attacher le mineur à la porte de la Basse Cour que l'on nommait alors la porte de Maître Odon. C'était, à ce qu'on prétend, un des plus forts édifices qui fussent à vingt lieues à la ronde. La mine joua et eut son effet; mais les assiégeants n'en furent guère plus avancés, parce que le mur qui était du côté des assiégés demeura dans son entier. Après une résistance d'environ trois mois il fallut capituler. On donna au gouverneur 1 200 écus ou environ pour ses frais, et cette prise valut au comte de Saint-Paul l'épée de connétable de France que le roi ôta à Charles d'Albret pour l'en gratifier. Gérard d'Herbannes fut établi gouverneur de Coucy à la place de Robert d'Esne qui se retira avec sa garnison, partie à Crève-Coeur, et partie au Cateau-Cambrésis. Deux ans après, c'est-à-dire en 1413, après le traité de paix apparent qui fut conclu entre les deux maisons d'Orléans et de Bourgogne, Coucy fut rendu au duc d'Orléans, mais en 1419, au mois de février, un ou deux domestiques de Pierre de Saintrailles, qui y commandait pour le prince, ayant traité en secret avec quelques prisonniers bourguignons, poussèrent la trahison jusqu'à assassiner leur maître; et la place rentra sous la puissance du duc de Bourgogne. Le célèbre La Hire, qui était dans la ville avec quantité de bons soldats, courut à l'alarme et fit tous ses efforts pour reprendre le château, mais, n'ayant pu réussir, il fit passer au fil de l'épée soixante prisonniers qui se trouvèrent dans les prisons de la ville, et se retira vers Guise.

Le duc de Bourgogne ne jouit pas longtemps de cette conquête. Il fut assassiné la même année, et, aussitôt après, le même La Hire et Pothon de Saintrailles reprirent pour le duc d'Orléans quelques places en Picardie, du nombre desquelles fut Coucy. Cependant cette place, qui dans ces temps de désordre et de confusion semblait être destinée à suivre alternativement la fortune des deux partis, passa encore en 1423 entre les mains des Bourguignons. Ce fut le comte de Suffolk qui l'assiégea à la tête de ses Anglais et qui s'en rendit maître après quelques jours de siège.

Charles VII, qui venait de succéder au roi son père, eut enfin le bonheur, après plusieurs pertes considérables, de chasser les Anglais de ses états, et de réunir même la Guyenne à la couronne. Mais l'histoire ne marque pas de quelle manière, ni en quel temps, la ville de Coucy se rangea sous son obéissance. On sait qu'il en fut maître pendant quelque temps, puisqu'il y établit un grenier à sel; qu'il la reperdit ensuite, et que vers l'an 1441 elle repassa encore sous sa domination. En 1487, sous le règne de Charles VIII, pendant que le duc d'Orléans, mécontent de la cour, était retiré dans les états du duc de Bretagne, Pierre d'Urfé, grand écuyer de France, s'empara de cette place après huit jours de siège, et cette prise ne fut pas le coup le moins important de cette campagne, parce qu'on appréhendait que le gouverneur n'y reçût des troupes de l'archiduc d'Autriche, qui eussent extrêmement incommodé le Vermandois, et que d'ailleurs le duc d'Orléans ne pouvait manquer d'en souffrir.

En 1652, la ville de Coucy se ressentit plus qu'aucune autre des troubles domestiques et de la guerre civile que le ministère du cardinal Mazarin et le mécontentement des princes avaient excités dans tout le royaume. Le commandant de cette place, nommé Hébert, était devenu suspect au cardinal qui l'envoya sommer, dès le commencement du mois de mai, de la remettre entre les mains du maréchal d'Estrées, gouverneur de Laon. Hébert répondit qu'il la tenait immédiatement du roi Louis XIII pour récompense de ses services; que, l'ayant toujours gardée fidèlement, il ne croyait pas que Sa Majesté l'en voulût dépouiller; qu'à moins qu'il ne vit des ordres plus exprès, il était résolu de s'y maintenir; qu'enfin il ne s'y passerait rien sous ses ordres contre l'obéissance due à Sa Majesté. Sur ce refus, le maréchal fit d'abord avancer quelques troupes pour investir la place, et le sieur de Manicamp, gouverneur de La Fère, s'étant joint à lui avec six pièces de canon tirées de La Fère et de Péronne, ils en formèrent conjointement le siège le 10 du même mois. La batterie fut dressée contre les murailles de la ville; il y eut bientôt une brèche considérable. Malgré cet avantage, cinq jours entiers se passèrent sans que les assiégeants puissent entrer dans la ville, retenus par la fière contenance des assiégés qui paraissaient résolus à tout plutôt que de lâcher pied. Ils se retirèrent à la fin dans le château, avec leurs meilleurs effets, et les troupes du roi se répandirent dans la ville.

Pour assurer cette conquête, il fallait se rendre maître du château. Ce n'était pas l'affaire d'un jour, et les affaires changèrent bientôt de face. L'avant-garde des troupes lorraines, qui avaient leurs quartiers aux environs de Reims et de Soissons, s'avança, dès le 22, au nombre de huit cents chevaux et de mille deux cents fantassins, à un quart de lieue des assiégeants, et la cavalerie, ayant commencé l'attaque par le quartier où commandait Manicamp, elle défit entièrement le régiment de Piémont et une bonne partie de celui qui avait été composé tant des garnisons voisines que des nouvelles levées faites pour ce siège. Ce premier échec épouvanta les assiégeants qui prirent aussitôt la fuite et se sauvèrent en désordre dans la forêt prochaine. Ils abandonnèrent ainsi la ville aux Lorrains qui s'en rendirent maîtres le 28 du même mois, et qui en conservèrent le commandement à Hébert. Cependant, le 14 septembre suivant, la ville et le château furent rendus au roi. Le cardinal Mazarin envoya aussitôt, pour démolir la place, un ingénieur nommé Metezeau (fils de celui qui fit la digue de La Rochelle), et qui, par des mines, en fit sauter les principales pièces.

Depuis ce temps-là, les ruines se sont considérablement augmentées. Le dernier tremblement de terre qui arriva en France, le 18 septembre 1692, fendit du haut en bas la grosse tour. Les autres subsistent dans leur entier, mais les voûtes, qui formaient plusieurs étages d'appartements, se sont écroulées pour la plupart. Ce château célèbre, qui était il y a cent ans une des merveilles de la France et peut-être la place du royaume la plus imprenable, n'est plus qu'un triste monument de la magnificence de ses anciens seigneurs.


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