Histoire du chateau de Coucy

Antoine-Louis Saint-Just - 1789

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Cependant, Roger, comte de Laon, mourut et laissa un fils nommé Roger comme lui. Herbert jeta les yeux sur ce comté vacant et le demanda pour un autre de ses fils nommé Eudes. Mais le roi en favorisa le jeune Roger. Il n'en fallait guère davantage au comte de Vermandois pour se soulever contre son prince: il leva l'étendard et prit des mesures pour s'emparer de la ville de Laon; mais il fut prévenu par le roi qui, ayant mis des gens de guerre dans la place pour la garder, la visita lui-même, et en laissa la défense à Roger et à ses frères. Ceux-ci, pour se venger du comte Herbert, firent une sortie en 927 et ravagèrent tous les lieux voisins de Coucy. Il ne paraît pas qu'ils aient fait aucune tentative pour se rendre maîtres de la place. Trois ans après, elle appartenait encore au comte Herbert qui en donna la garde à un nommé Anseau, vassal de Boson, frère du roi Eudes, en récompense du château de Vitry en Pertois, que cet Anseau avait remis entre ses mains.

Quelque temps après, en 934, Herbert étant mort et le roi Louis d'Outremer ayant amené à Laon le jeune Richard, duc de Normandie, Osmond, gouverneur de ce prince, trouva moyen de le tirer de cette prison en le cachant dans une botte de foin, et l'emporta jusqu'au château de Coucy qui venait de passer en la puissance de Bernard, comte de Senlis, oncle maternel du jeune prisonnier, et cousin issu de germain de l'archevêque Hugues. Ainsi l'église de Reims se voyait insensiblement dépouiller de cette partie de son domaine; et, quelques efforts qu'elle ait faits depuis pour y rentrer, elle s'est vue à la fin contrainte de succomber à la force et de renoncer à un bien qu'elle avait possédé jusque-là à si juste titre.

On ne sait pas si Bernard fut maître de Coucy jusqu'à sa mort. Quoi qu'il en soit, Hugues le Grand, comte de Paris, et Thibaut, comte de Tours et de Chartres, y commandèrent après lui, et y partagèrent ensemble leur autorité. Ils appartenaient tous deux de fort près à Hugues de Vermandois, à qui Artaud, moine de Saint-Remy, disputait alors l'archevêché de Reims: le premier était son cousin germain, et le second son beau-frère. Mais comme ces deux princes soutenaient les intérêts de leur parent contre Artaud, Louis d'Outremer, qui les avait pour ennemis, assiégea Reims qu'il emporta, et ayant rétabli Artaud sur son siège, il contraignit, en 949, Hugues et Thibaut de remettre le château de Coucy entre les mains de cet évêque.

Eudes, fils du comte de Thibaut, ne laissa pas à ses descendants la seigneurie de Coucy; divers chevaliers l'ont tenue après lui, jusque sur la fin du règne de Henri Ier. Mais on ne sait pas de quelle maison ils étaient. Ce fut sous l'un de ces seigneurs inconnus qu'aussitôt après la mort du roi Robert, ceux de Coucy se révoltèrent contre Henri Ier, leur légitime souverain, par les intrigues de la reine Constance en faveur de Robert, frère du roi, que sa mère voulait élever sur le trône, au préjudice de Henri.

Enfin, sur la fin du règne de ce même Henri, on trouve un Albéric, seigneur de Coucy, en 1059, et cet Albéric paraît être la tige de la première race des seigneurs de cette ville.

Albéric est connu par une charte de l'an 1059 par laquelle il paraît queson dessein était de former un monastère à Nogent, au bas de la montagne de Coucy. Il s'était adressé pour ce sujet à Elinand, évêque de Laon, avec Adèle son épouse, Mathilde sa mère, Tiezzon châtelain de Coucy, et quelques autres seigneurs ou chevaliers de sa suite qui avaient du bien à Nogent, et qui le consacrèrent tous à ce dessein. Albéric y ajouta du sien et fit donation de tous ses droits et de tout ce qu'il possédait au village de Landricourt. Enfin, l'évêque de Laon confirmant cette donation exempta l'église de Nogent de toute redevance envers lui et ses successeurs, et en fit ce que l'on appelait alors une église libre, privilège que le roi Henri confirma la même année par le même acte.

L'abbaye de Nogent ne fut entièrement sur pied que plusieurs années après la sanglante bataille de Cassel entre Philippe Ier, Robert le Frison, comte de Flandre, et Richilde, comtesse de Hainaut, [qui] se donna au mois de février 1072. Si Albéric ne s'y trouva pas en personne, on sait du moins qu'en cette action, ceux de Coucy faisaient partie de l'armée de Philippe Ier, et ce ne fut encore que quelques années après cette bataille, c'est-à-dire vers l'an 1076, que la fondation de Nogent fut conduite en sa perfection.

Cette abbaye fut bâtie à un quart de lieue et au midi de la ville, sur la rive droite de la petite rivière d'Ailette et dans un fond où l'on découvrit une quantité prodigieuse de cercueils remplis d'ossements et disposés de manière qu'un de ces cercueils faisait centre de plusieurs autres qui se trouvaient rangés autour en forme de cercle sans que l'on put distinguer, à aucune marque certaine, si c'était un cimetière de chrétiens ou d'idolâtres. On tira pour remplir l'abbaye de Nogent six religieux de celle de Saint-Remy de Reims et Henri qui, outre cette dernière abbaye, possédait encore celle d'Homblières les assista aussi de son côté.

Enguerrand paraît avoir été le petit-fils d'Albéric, fondateur de l'abbaye de Nogent. Son père s'appelait Dreux de Boves ou de Coucy, car les historiens lui donnent également ces deux noms. Celui de Coucy lui appartenait de droit et par sa naissance, et celui de Boves, qui est un ancien château assez proche de la ville d'Amiens, peut-être par la même raison, peut-être aussi du chef de sa femme qui pouvait lui avoir apporté cette terre en mariage. Quoi qu'il en soit, Boves était alors une place très forte, et presque imprenable, et tenait encore rang du temps de saint Louis parmi les plus grandes baronnies du royaume.


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