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Dreux, de sa femme, dont on ignore le nom, mais qui pourrait avoir été du sang des comtes d'Amiens, a eu quatre enfants: Enguerrand, Robert, Anseau et Mathilde qui n'est guère connue que par son nom. Enguerrand fut l'aîné de tous. Sa mémoire est devenue célèbre dans l'histoire et sa postérité s'éleva par sa noblesse et par sa puissance à un si haut point de splendeur que non seulement elle ne vit guère au-dessus d'elle que la seule famille royale, ce qui était commun à bien d'autres maisons en France, mais qu'elle eut même des prétentions sur la couronne d'Autriche et qu'elle pensa se voir assise sur le trône même de ses rois.
Robert fut le troisième de ce nom, seigneur de Péronne du chef d'Adélaïde sa femme, fille de Robert Ier. Il fut aussi seigneur de Capy, sur la Somme, et mourut le 5 août entre 1106 et 1109.
Anseau embrassa d'abord l'état ecclésiastique, mais il fut aussi marié et eut un fils nommé Robert de Cais, du nom d'une terre qui appartenait à sa famille, et que son père Anseau, conjointement avec Robert son oncle et Mathilde sa tante, donnèrent au monastère de Lyons.
Robert de Cais vivait encore en 1138.
Dreux, père de ces quatre enfants, et aïeul de Robert de Cais, fut d'abord appelé de Parpes, du nom d'une terre qui lui appartenait sans doute et qui est peut-être le village de Parpes, en Thiérache. C'est sous ce nom qu'il est connu dans l'histoire, lorsque Gautier III, comte d'Amiens, qui s'était emparé à la faveur du roi Robert de la vicomté de Corbie, lui en transporta le titre et la jouissance.
Vers le même temps, Enguerrand transigea avec l'abbé et les religieux de Corbie touchant l'avouerie et la vicomté de ce monastère. L'acte de cette transaction est du 23 février 1079, c'est-à-dire 1080, et Enguerrand n'y est encore appelé qu'Enguerrand de Boves. Dans la suite on le trouva quelquefois appelé du nom de La Fère, seigneurie dont il jouissait apparemment du chef de sa femme; mais il prit plus communément le surnom de Coucy ou le titre de comte d'Amiens.
Outre les grands fonds de terre qu'il possédait, l'alliance qu'il avait contractée dans la maison de Roucy avec Ade, fille de Letard de Roucy, héritière de Marle et, selon toutes les apparences, de La Fère, éleva sa maison jusqu'à l'honneur de toucher de fort près à celle de Baudouin de Bourg, roi de Jérusalem. Il eut de ce mariage, dont la date n'est pas connue, un fils nommé Thomas qui prit au commencement le surnom de La Fère et ensuite celui de Marle, comme héritier de sa mère. Cette femme ne vécut pas sans de violents soupçons de galanterie et Thomas de Marle en souffrit.
Son père, qui ne croyait l'être que de nom, conçut tant d'aversion contre lui, qu'il prit la résolution de le déshériter. Plein de la haine qu'il lui portait et avec autant de passion qu'il avait d'ailleurs pour le sexe, il fit une seconde alliance après la mort d'Ade de Marle; mais son malheur voulut que cette seconde femme fut encore pire que la première.
Cette femme adultère et incestueuse, car les crimes de ce genre ne lui coûtaient rien, s'appelait Sibylle et était fille de Roger, comte de Château-Portien, qui avait déjà eu des enfants d'un premier lit. Les belles-mères savent distinguer entre les enfants qui n'appartiennent qu'à leurs maris et ceux qui leur appartiennent en commun. Celle-ci ne démentit point son caractère et Sibylle emporta, à l'exclusion de ses aînés, le comté de Château-Portien que Roger lui donna à la persuasion de sa mère en la mariant à Godefroy, comte de Namur. Ce prince était illustre entre les premiers princes de l'Empire, et Enguerrand lui était assez près allié. Une guerre qui lui survint peu d'années après son mariage obligea Sibylle de venir faire quelque séjour au château du Tour en Portien où Enguerrand, qui était encore veuf, eut l'occasion de la voir souvent. Sibylle se plaignit à lui de la longue absence de son mari, non pas que Godefroy lui tint fort à coeur par lui-même, mais parce qu'il s'était allumé dans ses veines un feu, dont elle se mit si peu en peine d'arrêter les progrès qu'elle était même alors enceinte d'un autre que de lui. Enguerrand, qui n'entendit que trop bien ce que ces plaintes signifiaient, s'offrit de lui tenir lieu de mari quand elle voudrait. Sibylle n'était pas d'un tempérament à refuser, et comme elle ne cherchait que l'occasion et les moyens de satisfaire sa passion sans s'inquiéter de ce qui pourrait en arriver, elle accepta la proposition et se retira toute enceinte qu'elle était vers Enguerrand qui la retint pour épouse.
Un mariage aussi uniforme que celui-là ne pouvait manquer de faire de l'éclat, et les suites en furent bien tragiques. Godefroy ne put soutenir l'affront de se voir enlever sa femme: Enguerrand était homme à ne la rendre qu'à la pointe de l'épée. Sibylle, de son côté, ne voulait plus retourner auprès de son premier mari, et après la démarche scandaleuse qu'elle venait de faire il n'y avait pas trop de sûreté pour elle à prendre ce dernier parti. Il fallut donc s'attendre à une guerre ouverte entre ces deux seigneurs, et elle fut soutenue de part et d'autre avec la dernière animosité.
Dans ces premiers temps de la troisième race, les seigneurs particuliers se faisaient impunément la guerre les uns aux autres; et nos rois ou n'étaient pas assez puissants pour s'opposer à ces troubles intestins ou trouvant leur compte à voir diminuer les forces et la puissance de leurs vassaux, ils demeuraient simples spectateurs de leurs querelles, et ne s'en mêlaient eux-mêmes que lorsqu'elles touchaient de près à leur personne ou à la sûreté de l'état. Godefroy et Enguerrand armèrent donc l'un contre l'autre, et en vinrent aux dernières extrémités. Leur fureur ne fit quartier ni aux hommes ni aux terres. Ravages, meurtres, incendies: rien ne fut épargné. Tous ceux du parti de Godefroy qui tombaient entre les mains d'Enguerrand étaient sur-le-champ mis à mort; et Godefroy ne faisait pas un meilleur parti aux gens d'Enguerrand: on leur crevait les yeux ou on leur coupait les pieds; la potence était leur plus doux supplice; en un mot le comté de Château-Portien, qui fut le principal théâtre de cette guerre, fut tout ensanglanté de ces exécutions et il en porta des marques qui durèrent encore longtemps après.