Histoire du chateau de Coucy

Antoine-Louis Saint-Just - 1789

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Le jour précis de sa mort est inconnu, aussi bien que le lieu de sa sépulture; et l'histoire de Sibylle, sa femme, se termine avec la sienne: il disparaît et il n'est plus fait mention d'elle.

Outre Thomas de Marle, il avait eu un fils nommé Robert, dont on ne sait que le nom et qui mourut avant son père, sous le pontificat de Barthélemy, évêque de Laon.

Peu de temps après, saint Norbert jeta les fondements de la célèbre abbaye de Prémontré, dans le diocèse de Laon. Thomas assista avec le jeune Enguerrand, son fils, à la consécration de l'église qu'en fit l'évêque Barthélemy, et dota de plusieurs biens cette abbaye naissante. Le reste de sa vie, qui fut encore de dix années ou environ, n'est pas fort connu.

Quelques marchands passèrent vers ce même temps par les terres de Thomas de Marle; ils avaient un sauf-conduit signé de lui-même. Cependant, par la plus noire des trahisons, il les fit arrêter, les dépouilla de leurs marchandises, et les retint prisonniers. Le roi fut sensible à cette perfidie et jura de la venger. Il se rendit pour cet effet à Laon où, ayant pris conseil de plusieurs prélats, de Raoul comte de Vermandois, et des principaux barons du royaume, il résolut d'aller attaquer Thomas dans son château de Coucy. La résolution prise, ceux qu'il avait envoyés reconnaître la place lui étant venu rapporter qu'elle était inaccessible, et qu'il serait difficile d'en venir à l'exécution, le roi, loin de se laisser ébranler, déclara hautement que ni l'amour de la vie, ni la crainte de la mort ne seraient capables de le détourner de cette entreprise, et sur-le-champ il monta à cheval et se mit à la tête de ses troupes. Le comte de Vermandois le suivit des premiers: il ne cherchait l'occasion que de venger la mort de son frère et c'était principalement sur l'avis de ce prince que Louis le Gros avait conclu à former le siège. Thomas aperçut l'orage, et prit des mesures pour s'en mettre à couvert. Il dressa des embûches à une partie de l'armée; il fut pris dans son propre piège, et frappé d'un coup qui le fit tomber de cheval. Raoul, qui n'était pas loin, vint aussitôt à bride abattue sur lui, et, sans lui donner le temps de se relever, lui passa son épée au travers du corps. Le coup était mortel, mais Raoul ne s'en contenta pas, et il allait recommencer, si l'on ne se fût opposé à ce dernier effort de sa vengeance. Thomas fut présenté au roi qui ordonna de le transporter à Laon, où il devait se rendre le lendemain.

Milesende, sa femme, n'eut pas plutôt appris l'état où il était, qu'elle s'y rendit sur la permission que le roi lui en donna. Cependant, ni cette grâce qu'il venait de recevoir de son prince, ni la crainte de la mort ne put le déterminer à rendre de lui-même ses prisonniers. Le roi menaça, il s'abaissa jusqu'aux prières. Tout fut inutile. Thomas regrettait encore plus la perte de ces prisonniers que la perte même de la vie, qui suivit de près. Telle fut la fin malheureuse de ce seigneur toujours rebelle à son prince.

Il paraît être le premier de sa maison qui ait pris dans les titres celui de Coucy par la grâce de Dieu . En quoi ses successeurs l'ont souvent imité.

Il mourut en l'année 1130, et son corps fut porté dans l'abbaye de Nogent-sous-Coucy à laquelle il avait fait quelques dons pendant sa vie. Il fut enterré sous la tour de l'église et y demeura jusqu'au 3 avril 1219, qu'Enguerrand III, son arrière-petit-fils, permit de le transporter dans le choeur de la nouvelle église que Robert II, abbé du lieu, avait fait construire.

Cette abbaye avait pris de grands accroissements depuis sa fondation. Henry, qui en avait été le premier abbé, céda sa place de son vivant à un jeune religieux du Mont Saint-Quentin, près de Péronne, nommé Godefroy, qui fut élu du consentement unanime de toute la communauté, et qui contribua plus qu'aucun autre par ses soins et par son économie à la rendre florissante.

Godefroy était abbé de Nogent, dès l'an 1095. Il fut fait évêque d'Amiens en 1105 et a mérité, par l'éclat de ses vertus, que l'église lui décernât un culte public après sa mort. Sa fête se célèbre le 8 novembre. Guibert, célèbre par ses ouvrages, et connu sous le nom de Guibert de Nogent, mais envenimé contre son prédécesseur, lui succéda en 1105 et mourut en 1124. André, qui fut élu après Guibert, vivait encore lorsque Thomas de Marle mourut.

Ce seigneur laissa de sa femme trois enfants, héritiers de ses biens, deux fils et une fille. Les deux fils furent Enguerrand II, nommé communément Enguerrand de La Fère, seigneur de Coucy, de Marle, de La Fère, de Crécy, de Vervins, de Pinon, de Landousies, de Fontaines et de quelques autres lieux; et Robert Ier, seigneur de Boves, qui se qualifia pendant quelque temps comte d'Amiens, quoique son père en eût perdu le titre et la jouissance. La fille, nommée Milesende, fut d'abord accordée, comme on l'a vu avec Aleaume, fils d'Adam, gouverneur de la citadelle d'Amiens, et épousa depuis Hugues, seigneur de Gournay au pays de Caux, à qui elle porta en mariage quelques terres démembrées du domaine de Boves.

La première chose à laquelle s'attacha Enguerrand II, après la mort de son père, fut de restituer à diverses églises les biens dont celui-ci les avait dépouillées; car quoique Thomas eût promis quelques années auparavant de réparer tout le tort qu'il avait fait aux ecclésiastiques, néanmoins il laissa sa promesse à acquitter à ses enfants. Enguerrand et Milesende de Crécy résistèrent d'abord; mais leur résistance ne fut pas longue. On a des actes de ces restitutions datés de l'an 1131; et dans la suite ils en firent encore plusieurs autres. Milesende vivait encore en 1147. Elle fonda près de Coucy, dans un lieu appelé Rosières, un petit monastère qu'elle soumit à l'abbaye de Prémontré.


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