Un Tournois à Romans en 1484

Dr Ulysse Chevalier - 1888

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Notes

A. GUY ALLARD, né à Grenoble le 16 septembre 1635. Il fut avocat au Parlement et secrétaire de la commission instituée pour la recherche des usurpateurs des titres de noblesse, fonctions qui lui mirent entre les mains une quantité considérable de documents dont il se servit plus tard pour écrire sur le Dauphiné et la noblesse de cette province des ouvrages nombreux et érudits, mais dans lesquels malheureusement le besoin de plaire aux hommes puissants a altéré trop souvent la vérité. Il est mort le 24 décembre 1716, étant doyen des avocats du Parlement.

B. ZIZIM (Djem), fils de Mahomet II, empereur des Turcs, et frère puîné de Bajazet. Il disputa l'empire à son frère et ayant été complètement vaincu près du mont Taurus, il se réfugia à Rhodes ou il arriva le 24 juillet 1482. Le grand maître de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem le reçut avec magnificence, mais traita secrètement avec Bajazet à qui, moyennant une rente annuelle de 45,000 ducats, il promit d'empêcher Zizim de rien entreprendre. Il envoya bientôt en Europe ce malheureux prince qui, sur un vaisseau de l'Ordre et sous la conduite du commandeur Charles Alleman 93, vint avec une suite nombreuse débarquer à Gênes où il resta quatre mois. Il fut ensuite conduit à Lyon où il rencontra le roi de France Louis XI, puis à Saint-Jean-de-Maurienne, à Chambéry, à Rumillie où se trouvait une commanderie de l'Ordre. Charles Alleman craignant de sourdes intrigues, fit désarmer vingt-neuf seigneurs de la suite de son illustre captif qu'il conduisit, le 26 juin 1483, à Poët-Laval dont il était le commandeur, enfin au château de Rochechinard 94 qui appartenait à son neveu Barachin-Alleman. Peu après son arrivée, le prince ottoman reçut la visite de seigneurs du voisinage. C'étaient: le baron de Sassenage, le seigneur de la Baume, Jean Vallin, Antoine Copier, Antoine Vehyer, François Auberjon, Humbert Colonel, Pierre Lauberge, Aynard de Villars, Jean de Flandène, Aymar de Bologne, François de Langon, Claude Servient et Ennemond Yseran.

Zizim eut dans ce séjour toute la liberté qu'il désirait, et dans ses courses il fit la connaissance de Philippine de Sassenage dont il devint éperdument amoureux à ce point de demander sa main et d'offrir de se faire chrétien. Mais peu de temps après, au mois d'octobre 1484, il fut conduit à Bourganeuf en Auvergne, par Merlo de Piozazo, prieur de Lombardie, Guy de Rochefort, commandeur de Monterolz, et le chevalier Guillaume de Rochechinard, députés par le Grand maître de l'Ordre auprès de Zizim. Le baron du Bouchage et Barachin Alleman tinrent à accompagner ce prince, mais le quittèrent bientôt après. Quoique réclamé par le pape Innocent VIII, les choses traînèrent en longueur et ce n'est que par lettres patentes du 3 février 1488 que le baron du Bouchage fut autorisé à conduire le prince ottoman à Rome où il fut reçu avec les plus grands honneurs: le pape lui fit faire une entrée magnifique. Mais plus tard, par ordre du pape Alexandre VI, 95 il fut enfermé dans le château Saint-Ange où il demeura longtemps prisonnier. Le roi Charles VIII étant entré en Italie, le demanda au pape qui le lui envoya; mais cet infortuné sultan mourut peu après à Capoue d'une maladie d'entrailles assez violente pour faire supposer qu'il avait été empoisonné: crime qui, dit-on, fut payé 200,000 ducats par Bajazet. Les deux fils que Zizim avait laissés en Caramanie périrent avec toute sa famille par ordre de l'empereur des Turcs.

C. PHILIPPINE DE SASSENAGE, surnommée Hélène, à cause de sa merveilleuse beauté, était la reine d'un essaim d'autres beautés au nombre desquelles figuraient ses trois jeunes soeurs: Françoise, qui épousa Jean Robe, seigneur de Miribel, Huguette et Isabeau. "Elle avait un visage à demi ovale une petite bouche, des yeux bien fendus, noirs et remplis d'esprit, une physionomie heureuse et un caractère surprenant." Elle n'avait alors que seize ans et sortait du monastère de Saint-Just où elle avait été élevée. À son retour au château de la Bâtie en Royans qu'habitait sa famille, elle eut une foule d'adorateurs parmi lesquels Saint-Quentin, le baron de Bressieu, Philibert de Clermont, le jeune d'Hostun, la seigneur de Claveyson, celui de Murinais et plusieurs autres. Le prince Zizim, qui était alors interné au château de Rochechinard, vint bientôt augmenter ce nombre et mettre aux pieds de la belle Philippine sa fierté ottomane.

Comme le lui avait prédit la fée Mélusine, Philippine eut trois maris. D'abord le baron de Bressieu qu'elle épousa dans le mois de septembre 1484, qui mourut peu après sans postérité. Son second mari fut Puisieux, qui en eut deux filles, et après lui Jacques de Montbel, sieur d'Entremont, qui n'en eut pas d'enfant. En somme, cette merveille de beauté fit plus de malheureux qu'elle ne fit d'heureux, tout en restant vertueuse.

Philippine de Sassenage décéda le 6 août 1533. Le martyrologe des Frères mineurs de Chambéry fait mention d'elle avec éloge, l'appelant illustre et généreuse dame.

Elle était fille de Jacques, baron de Sassenage, et de Jeanne de Comiers, dame d'honneur de la reine Charlotte, femme de Louis XI.

93
Charles Alleman s'intéressa en faveur de Zizim auprès du pape, Il vint le voir en Auvergne. Ensuite il habita Saint-Gilles en Languedoc dont le grand prieuré lui avait été donné. Il fit présent au grand maître de Rhôdes de quatre canons et laissa à l'Ordre, par son testament, une somme de 9,000 livres.
94
Voyez la note D.
95
Le 5 mai 1493, ce même pape avait fait dans Rome une procession pittoresque: en tête marchait la croix, accompagnée à droite, par le Sultan Djem, à gauche, par César, cardinal de Valence, habillé en Turc.

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