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D. La terre de ROCHECHINARD était avant 1316 jointe à la seigneurie de Saint-Nazaire. En 1317, Guigues dauphin, en récompense des grands services que lui avait rendus Girin Courtet, son écuyer, ayant promis de lui assigner dix livres de rente en cens perpétuelle dans la paroisse de Rochechinard et n'ayant pas accompli son engagement, Jean, son frère, comte de Vienne et d'Albon, donna audit Girin les château et forteresse de Rochechinard. Ce dernier en jouit paisiblement jusqu'en 1340, époque à laquelle Humbert II ratifia la vente de ce château à Aymar Alleman et à dame Guillette, qui avait été la nourrice dudit dauphin.
Dans le château de Rochechinard résida, comme il a été dit, le Sultan Zizim que le Grand maître de Rhodes avait confié à la garde de Barachin Alleman, oncle de Charles Alleman, commandeur de l'Ordre de Saint-Jean de Jérusalem.
Cette seigneurie fut achetée en 1540 par Charles Mosnier, sergent d'armes, dans la famille duquel elle resta jusqu'au 10 février 1699 qu'elle fut vendu, au prix de 78,000 livres, à Félicien de Marcoux par Marguerite Mosnier, fille de Charles, sieur de Crévecoeur, ancien premier consul de Romans. Rochechinard passa ensuite, vers 1740, en la possession de Charles-Gabriel-Justin de Barral, conseiller au Parlement de Grenoble. Cette terre seigneuriale, aujourd'hui morcelée, a été vendue dernièrement aux enchères.
De l'antique château, il reste aujourd'hui quelques ruines consistant en deux énormes tours séparées par une cour et une terrasse.
E. Plusieurs membres des diverses branches de l'ancienne et puissante famille de Sassenage, ces Montmorency du Dauphiné, figurent dans le récit. Les notes généalogiques et bibliographiques suivantes ne seront donc pas ici sans utilité.
La maison de Sassenage paraît descendre des comtes de Forez. Girard, l'un de ces comtes, ayant aidé Isarn, évêque de Grenoble, à chasser les Sarrasins de son diocèse, (vers 950), reçut en récompense de ses services, les terres restées vacantes de Sassenage et de Royans. Au XIe siècle, Hector fut seigneur souverain de Sassenage et Ismïdon Bérenger fut prince de Royans. En 1319, François de Sassenage reçut l'hommage de quatre vingt quatre gentilshommes et prouva qu'il pouvait lever plus de deux cents hommes d'armes, sans compter les vassaux, etc.
F. JACQUES, baron de Sassenage, fils de François III et de Philippine Alleman de Champ, fut chambellan et premier écuyer de Louis XI. Il commanda, en 1465, l'arrière-ban du Dauphiné à la bataille de Montlhéry où il formait l'avant-garde et comptait dans ses rangs 350 lances et 600 archers à cheval (environ 2,000 hommes). Les braves dauphinois firent des prodiges de valeur et perdirent 54 gentilshommes. Jacques de Sassenage dans son dévouement patriotique aliéna, en 1478, la terre de Pont-en-Royans pour lever des troupes contre le duc de Savoie et défendre la place de Saluces. En récompense, il fut fait en 1465, gouverneur de la principauté d'Orange. Il mourut en 1490, ayant eu cinq filles et deux fils, Louis et Antoine qui figurèrent dans le tournoi.
G. SIDONIE était la fille de Hector de la Tour-Sassenage. C'était, dit Chorier, une fille à qui rien ne manquait pour être mise au rang des plus excellentes, qu'un peu plus de sévérité. Le baron de Sassenage l'aima avec une passion aussi violente que coupable, car il était son oncle à la mode de Bretagne et père de famille; c'est pour elle qu'il prit cette devise: UNE SUR TOUTES. Elle répondit d'abord aux aveux de son parent:
Au reste la belle Sidonie partagea bientôt la passion qu'elle avait inspirée. Elle eut même une affection extrême pour les enfants du baron. Elle les caressait quand elle les voyait et souvent elle les envoyait visiter, quoiqu'elle eut elle-même deux enfants naturels entre autres Claude pour qui elle fit bâtir la maison de la Rochette, dans la seigneurie de Sassenage.
Sidonie avait pour la servir une fille nommée Eléonor qui devint éperdument amoureuse de sa maîtresse et qui considérant comme un rival le baron de Sassenage, lui voua une haine mortelle et le brouilla sans retour avec Sidonie. 96
H. IMBERT DE BATERNAY naquit vers 1438, d'Artaud, seigneur de Baternay et de Vangris, et de Catherine de Gaste. Il eut plusieurs frères et soeurs, au nombre desquels: Antoine, fils aîné, d'abord échanson de Louis XI. Il épousa la fille de Houllefort, bailli de Caen, conseiller et chambellan du roi, et mourut en 1492 laissant deux filles, puis Jacques, évêque de Valence et de Die, enfin Gastonne qui fut, en 1473, la VIIIe abbesse de l'abbaye de Saint-Just, etc.
Imbert de Baternay fut d'abord page et favori de Louis XI, qui le fit ensuite conseiller et chambellan, baron du Bouchage, capitaine du Mont-Saint-Michel. Il épousa, de gré ou de force, malgré l'opposition de son père, Georgette de Montchenu, fille de Falques et de Louise de Graco, le 25 avril 1463. Ce mariage forcé parait cependant avoir bien tourné. Imbert fut le meilleur des époux, il eut plusieurs enfants: Jeanne qui fut mariée, en mars 1490, à Jean, fils d'Aymar de Poitiers, seigneur de Saint-Vallier, sénéchal de Provence. Le contrat fut passé devant deux notaires, dont l'un était Pierre Perrier, notaire de Romans. La dot fut de 200,000 écus d'or (un million). Le 2 septembre 1499, elle mit au monde celle qui fut la célèbre Diane de Poitiers. Un fils d'Imbert de Baternay, François, épousa le 24 janvier 1507, Françoise de Maillé. Madame de Baternay mourut à Blois, au mois d'août 1511, et son mari décéda, le 12 mai 1523, au château de Montrésor où existe encore un magnifique tombeau de cette famille. À la troisième génération, cette illustre maison tomba en quenouille. 97
I. MARGUERITE DE SASSENAGE, tante de Philippine, était veuve d'Amblard de Beaumont, seigneur de Montfort, "encore fort jeune et fort belle". Elle fut long temps très aimée du dauphin qui en eut deux filles qu'il reconnut. L'aînée épousa le batard de Bourbon, amiral de France, et la seconde fut mariée au seigneur de Saint-Vallier de la maison de Poitiers.
J. Le baron D'URIAGE était le cinquième fils de sa maison, depuis que celle de Sassenage était tombée en quenouille. Il était devenu baron de Sassenage à cause de Béatrix, sa quatrième aïeule, héritière des biens et du nom de Sassenage.
Louis et François furent ses deux fils: le premier se distingua à la bataille de Guinegate.